Je suis arrivĂ© au fort de Golconde avec un groupe dâĂ©lĂšves venus en sortie scolaire â ils chahutaient, posaient des questions, criaient « Rio ! Rio ! » đ â mais quand on a mis un pied dans ces murailles anciennes, tout le monde sâest mis Ă marcher lentement, comme si les pierres avaient encore quelque chose Ă nous dire.
Ce lieu nâest pas seulement un fort : câest une ville royale fortifiĂ©e, une capitale, un tĂ©moin de batailles, de richesses et de rencontres de cultures.

đ DâoĂč vient Golconde ?
Golconde nâa pas Ă©tĂ© construite en un jour⊠ni par un seul roi.
- Ă lâorigine, il y avait un petit fort sur une colline, construit par la dynastie hindoue des Kakatiya au XIIá” siĂšcle, parce que cet endroit Ă©tait parfait pour surveiller la plaine autour (haut, solide, difficile Ă attaquer).
- Puis, au fil des siĂšcles, la rĂ©gion a Ă©tĂ© contrĂŽlĂ©e par diffĂ©rentes puissances â les Bahmani, par exemple â mais câest Ă partir du dĂ©but du XVIá” siĂšcle que la dynastie des Qutb Shahi sây installe et transforme cette colline en forteresse immense avec des murs de pierre, des palais, des mosquĂ©es, des cours, des systĂšmes dâeau et mĂȘme des jardins.
Golconde Ă©tait la capitale dâun royaume puissant, dirigĂ© par les Qutb Shahi â une dynastie musulmane chiite qui avait des racines persanes mais qui, avec le temps, sâest mĂ©langĂ©e Ă la culture locale du Deccan (le plateau du sud de lâInde).
đ Chiites, Sunnites, Moghols⊠un grand mĂ©lange
La dynastie Qutb Shahi Ă©tait chiite, influencĂ©e par la culture perse, tandis que les Moghols au nord (la famille de Shah Jahan et Akbar) Ă©taient turcophones et sunnites. Les Moghols venaient dâAsie centrale vers le Nord de lâInde, alors que beaucoup de nobles et dâartisans persans avaient migrĂ© vers le sud, vers le Deccan, en bateau ou par les routes commerciales depuis la Perse (Iran), et avaient contribuĂ© Ă enrichir les arts, lâarchitecture et la culture ici aussi â un vrai mĂ©lange humain et culturel qui fait la richesse de lâInde.
âïž La chute face Ă Aurangzeb
Pendant longtemps, le royaume de Golconde a rĂ©sistĂ© aux puissances voisines, y compris aux Moghols. Mais au XVIIá” siĂšcle, lâempereur Aurangzeb, fils et successeur de Shah Jahan, marcha vers le sud pour agrandir lâempire. LâarmĂ©e moghole assiĂ©gea Golconde pendant huit mois, et en 1687, la grande citadelle tomba finalement. Les Qutb Shahi furent capturĂ©s et lâempire intĂ©grĂ© Ă lâempire moghol.
Câest donc ici, sur ces murs de pierre Ă©normes, que le destin de deux grandes familles musulmanes â chiites et sunnites â sâest jouĂ©, lâune voulant rester indĂ©pendante, lâautre cherchant Ă unifier le plus grand territoire possible.
đ§± DĂ©couvrir Golconde aujourdâhui
En marchant avec les Ă©lĂšves, jâai vu les Ă©normes murailles, les arches anciennes, les couloirs ombragĂ©s, les terrasses au sommet dâoĂč on voit aujourdâhui Hyderabad comme une mer de vie moderne.
Les élÚves posaient des milliers de questions, riaient dans les escaliers sombres, cherchaient des passages secrets⊠et je me suis rendu compte que les vieilles pierres, malgré leurs siÚcles, parlent encore aux jeunes esprits.

Golconde nâest pas juste un fort : câest une histoire gravĂ©e dans la roche, une Ă©cole de patience, de stratĂ©gie, de commerce (on disait que les cĂ©lĂšbres diamants de Golconde venaient de cette rĂ©gion), et surtout de rencontres humaines.
Histoire d’Histoire
Si Babur Ă©tait un poĂšte Ă cheval, Akbar un philosophe en turban, Shah Jahan un bĂątisseur amoureuxâŠ
Alors Aurangzeb, lui, câest le fils austĂšre, le conquĂ©rant froid, le roi pieux et implacable.
Et surtout, un fils qui nâa pas eu peur de renverser son propre pĂšre.
Allez, je te raconte.
đâïž Aurangzeb â Le prince pieux et lâombre du marbre
Il était une fois, dans le grand palais moghol, quatre frÚres.
Tous fils de Shah Jahan, lâempereur du Taj Mahal, celui qui construisait lâamour en marbre blanc.
Mais voilà : à trop aimer une seule femme (Mumtaz), Shah Jahan a un peu négligé le reste. Et quand elle meurt, il tombe dans une tristesse profonde⊠laissant ses fils se battre pour le trÎne.
Et parmi ces fils, il y a Aurangzeb.
Pas le plus poétique.
Pas le plus joyeux.
Mais le plus ambitieux, rusé, stratÚge, et surtout : religieux.
Aurangzeb ne veut pas gouverner un empire de jardins et de poĂšmes.
Il veut un empire rigoureux, puissant, pur. Il se mĂ©fie des arts, des plaisirs, des fĂȘtes.
Il prie beaucoup. Il jeĂ»ne. Il lit le Coran. Et il n’aime pas trop les temples hindous. (Il en fera dĂ©truire plusieurs.)
Alors que son pĂšre Shah Jahan se rĂȘve dans un deuxiĂšme Taj Mahal (noir, peut-ĂȘtre), Aurangzeb prend les armes.
Il élimine ses frÚres un à un, au sens propre.
Et puis, il renverse son pĂšre.
Le met en prison, dans un palais⊠avec vue sur le Taj Mahal.
DrĂŽle de cadeau, non ?
Et Shah Jahan, lâamoureux de Mumtaz, passera la fin de sa vie enfermĂ©, Ă regarder de loin le tombeau de celle quâil a tant aimĂ©e⊠pendant que son fils gouverne.
đ Aurangzeb, empereur du devoir
Une fois au pouvoir, Aurangzeb va régner longtemps. TrÚs longtemps.
Presque 50 ans.
Il Ă©tend lâempire moghol au maximum de sa taille. Du Cachemire jusquâau sud profond de lâInde.
Il est travailleur, discipliné, presque militaire. Il dort peu, écrit beaucoup, mange sobrement.
Mais il est aussi autoritaire, intolérant, parfois cruel.
Il interdit la musique Ă la cour, ferme des ateliers dâart, fait dĂ©truire certains temples hindous.
Il rétablit la jizya, un impÎt spécial pour les non-musulmans que son grand-pÚre Akbar avait supprimé.
Il veut que lâempire soit musulman avant tout, lĂ oĂč Akbar avait tendu la main Ă toutes les croyances.
Alors, forcément⊠ça grince.
Des peuples se rebellent : les Rajputs, les Marathes, les Sikhs.
Et Aurangzeb passe la fin de sa vie Ă faire la guerre, loin de Delhi, dans le sud.
đȘŠ Une fin austĂšre
Il meurt à 88 ans, usé, isolé, dans un camp militaire.
Il laisse un empire immense⊠mais fragile, épuisé, en tension.
Plus de trésor. Plus de joie. Trop de guerres. Trop de rigueur.
Et aprĂšs lui, tout va doucement sâeffriter.
Lâempire moghol ne sera plus quâune ombre du rĂȘve dâAkbar.
Alors voilĂ , Aurangzeb, câest ça :
- un fils qui enferme son pĂšre,
- un empereur puissant mais sans éclat,
- un homme obsédé par le devoir, mais sourd aux beautés du monde.
Avec lui, le rĂȘve moghol sâassombrit, mais il ne sâĂ©teint pas tout de suite.
Pas encore.
Il reste des descendants, des palais, des souvenirs. Et le Taj Mahal, toujours debout.
đ Propositions pĂ©dagogiques
đ§ Histoire & culture
- ActivitĂ© : Compare la dynastie chiite des Qutb Shahi avec lâEmpire sunnite des Moghols (origine, influences, langues, religion).
- Question de rĂ©flexion : Pourquoi un empire conquiertâil un autre ? Quels sont les effets pour les populations locales ?
đ GĂ©ographie & monde
- Activité : Place sur une carte : Golconde, Hyderabad, la Perse (Iran), Delhi.
- Objectif : Visualiser les routes de migration et dâinfluence culturelle entre lâAsie centrale, lâIran et lâInde.
đŒïž Arts & architecture
- Activité : Observe les arches, ramparts et passages de Golconde. Dessine un détail architectural que tu trouves fascinant.
- Objectif : Repérer les influences de styles architecturaux mixtes (persan, indien, islamique).
đ Expression orale / vivre lâhistoire
- ActivitĂ© : Reconstitue une scĂšne entre un Ă©lĂšve et un professeur dans le fort : « Quâestâce que jâentends ici ? », « Pourquoi Aurangzeb aâtâil attaquĂ© ? »
- Objectif : Articuler une rĂ©ponse historique simple Ă partir dâun dialogue.











