Histoires d’Histoire

Histoires de rois Balinais 1:

Histoire du roi Anak Agung Gede Agung de Gianyar

Ah, alors tenez-vous bien, petit·es explorateurs et exploratrices, parce qu’aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’un roi… qui ne ressemblait pas trop aux autres. On n’est pas à Versailles, non non, on est à Bali, cette île magnifique d’Indonésie, pleine de rizières, de temples, de danses et… d’un souverain pas piqué des hannetons : le roi Anak Agung Gede Agung de Gianyar.

Alors lui, c’était pas un roi qui passait ses journées à compter ses bijoux ou à faire des grimaces sur un trône doré. Non. Ce roi-là, il adorait… la poésie. Oui, oui ! Il écrivait des poèmes, il traduisait des livres, et il passait plus de temps avec ses livres qu’avec ses soldats. C’était un peu le roi-bibliothécaire de Bali. Et attention, il ne faisait pas ça juste pour s’amuser. Il voulait que les traditions balinaises, les histoires anciennes, les chansons, les danses… tout ça ne disparaisse pas comme une flamme dans le vent.

Mais ce n’est pas tout. Ce roi un peu rêveur, il vivait à une époque où Bali changeait très vite. Les Hollandais, tu sais, ces Européens venus de loin avec des chapeaux rigides et des idées coloniales pleines les valises, contrôlaient déjà l’île. Et notre roi, malin comme un vieux singe sacré, a décidé de négocier avec eux. Il n’a pas voulu la guerre. Il a préféré protéger son peuple et sa culture en ruse et en finesse. Un peu comme un chat qui se glisse entre les jambes d’un éléphant.

Et tu sais quoi ? Grâce à lui, on a encore aujourd’hui plein d’écrits et de spectacles traditionnels qui auraient pu disparaître. Il a été un pont entre deux mondes : celui des anciens rois et celui d’un Bali qui entrait dans les cahiers d’histoire du monde moderne.

Alors voilà, les enfants, souvenez-vous : un roi, ce n’est pas toujours une couronne et des cris de guerre. Parfois, c’est un livre à la main et la tête dans les étoiles.

Tu veux que je t’en raconte un autre ? Y’en a des encore plus surprenants, tu vas voir…

Histoires de rois Balinais 2:

Histoire du roi I Gusti Ngurah Made Agung de Badung

Celui-là… c’est tout un poème aussi, mais dans un genre plus feu d’artifice. On part au tout début du XXe siècle, vers mille neuf cent six. Bali est encore pleine de petits royaumes, comme des perles sur un collier, chacun avec son roi, ses danses, ses temples… et ses drames.

Là, je vais te parler du roi de Badung, un certain I Gusti Ngurah Made Agung. Un nom à rallonge, oui, mais retiens surtout : c’était un roi fier, très fier. Et pas du genre à se laisser marcher sur les orteils.

Tu vas voir, c’est pas une histoire toute rose.

Les Hollandais, encore eux — toujours en vadrouille avec leurs bateaux et leur soif de colonies — veulent mettre la main sur Bali. Ils ont déjà conquis une partie de l’île, mais le royaume de Badung, lui, résiste. Et le roi, au lieu de signer des papiers comme un fonctionnaire fatigué, il choisit… la rébellion. Une dernière, tragique et flamboyante.

Le treize septembre mille neuf cent six, les troupes hollandaises marchent sur Denpasar, la capitale de Badung. Et là… tu vas rire, ou pleurer, ou peut-être les deux : le roi ne prend pas la fuite. Non, il met ses plus beaux habits, il se pare d’or, il rassemble sa famille, ses ministres, même ses serviteurs, et ensemble, ils marchent droit vers les fusils, dans un silence total.

C’est ce qu’on appelle le puputan, un mot balinais qui veut dire “fin totale”. Une sorte de suicide collectif, mais aussi un acte de résistance, de fierté, presque un cri silencieux : on ne se rend pas. On meurt debout, pas à genoux.

Tu imagines ça ? Le roi, comme un héros tragique, préférant mourir avec honneur que de vivre sous la domination. Ça s’est passé en plein jour, sous le soleil balinais, et les Hollandais, eux-mêmes, ont été choqués par ce courage fou.

Alors voilà, les enfants, Bali, ce n’est pas juste une île avec des cocotiers. C’est une terre où les rois pouvaient être poètes… ou héros tragiques. Et parfois, les deux en même temps.

Tu veux un dernier, peut-être un roi farceur ou magicien ? Parce que Bali, c’est aussi l’île des esprits, hein…

Histoires de rois Balinais 3:

Histoire du roi Dalem Tusan

Allez, une dernière pour la route, mais accroche toi, parce que celle-ci, c’est du théâtre, de la magie, et un soupçon de… bouffonnerie royale.

On remonte plus loin, bien avant les Hollandais et les uniformes à boutons. On est au XVe siècle, quelque part entre le royaume de Gelgel et celui de Buleleng, dans un Bali encore tout rempli de mythes, de djinns, de rivières sacrées et de complots à la noix de coco.

Notre héros ? Un roi un peu foufou, qu’on appelait Tusan l’Ingénieux — enfin, son vrai nom, c’était peut-être Dalem Tusan, mais les gens du coin, eux, préféraient l’appeler le “Roi Farceur”, parce qu’il passait plus de temps à jouer des tours qu’à faire la guerre.

Et son complice ? Bajiquin ! Une sorte de bouffon sacré, moitié clown, moitié sorcier, avec un gros ventre, des yeux qui roulent comme des billes, et la capacité — écoute bien — de parler aux buffles. Oui, oui, aux buffles. Il disait qu’ils comprenaient mieux la politique que certains ministres.

Un jour, un messager tout transpirant arrive : “Majesté, le roi voisin prépare une attaque !” Et Tusan, au lieu de s’affoler, dit : “Très bien. Qu’on lui envoie… des bananes.” Oui, des bananes. Avec un petit mot : ‘Pour calmer votre colère, car vous avez sûrement faim.’

L’autre roi, furieux, envoie des troupes. Mais Bajiquin, lui, prépare un piège farfelu. Il fait construire une armée de marionnettes en bois, peintes de couleurs criardes, postées sur les collines. Et pendant que l’ennemi avance, effrayé par ce qu’il croit être une armée de géants surnaturels… les vrais soldats de Tusan leur font un croche-pied dans la vallée.

Résultat ? Une victoire sans effusion de sang, avec beaucoup de rires, et une réputation qui colle encore aujourd’hui dans les contes balinais : celle d’un roi malin, farceur, mais qui savait protéger son peuple… en ricanant.

Et Bajiquin, me diras-tu ? Il est devenu un personnage des topèng, ces grands masques du théâtre balinais. Il revient sur scène encore aujourd’hui, pour rappeler aux puissants qu’un bon rire vaut parfois mieux qu’une épée.

Et voilà, mes petits amis… trois rois, trois manières d’être grands. Poète, résistant ou farceur. À Bali, même les rois dansaient avec les dieux, les livres… ou les clowns.

✏️Propositions pédagogiques